Aurélie de Heinzelin : Un autre point de vue avec le gisant vertical

En marge de l’exposition À plusieurs, la jeune artiste peintre Aurélie de Heinzelin présente ses dernières créations. Elle livre une interprétation nouvelle et une vision toute personnelle du gisant de Catherine de Médicis.

Propos recueillis par Serges David, envoyé spécial à Metz

Que ressentez-vous du fait d’être présente, dans les circonstances actuelles, dans un lieu si emblématique qu’est la salle d’exposition du FRAC -Lorraine ?

Je suis ravie d’être là ! On n’a pas pu se retrouver dans des lieux culturels depuis longtemps, donc je suis très heureuse.

Quel est le projet que vous portez à travers cette exposition ?

Le projet est autour d’un tableau qui est un gisant vertical de la Basilique de Saint-Denis. Grâce à l’aide de la création de la région Grand Est et de la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles), je réside à Paris pour plusieurs mois, afin de réaliser des tableaux sur les gisants de la Basilique Saint-Denis, de Paris. Ici, à Metz, on peut voir celui de Catherine de Médicis, que j’ai volontairement mis vertical, parce que je voulais la rendre vivante.

Pourquoi travailler sur des gisants ?

J’avais envie de peindre la sculpture et pas non plus n’importe quelle sculpture des gisants. Certes, d’un côté, ils représentent un mort, mais Catherine de Médicis est érotisée par rapport aux autres gisants figés de la Basilique ! Ce gisant est d’ailleurs le seul qu’elle a commandé de son vivant, elle a pu agir sur son image. C’est pourquoi il est un peu différent des autres. Les autres c’est après leur mort que les gisants ont été commandés, donc après leur disparition.

Mon tableau est peint à la technique mixte sur toile : acrylique, tempera et huile, et j’ai présenté à l’aide d’une série de dessins pour passer au pastel.  Soit du nu dans des drapés transparents qui sont accrochés très bas, volontairement, pour rappeler les pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne ; Catherine de Médicis regarde dans la même direction, ce qui est un peu le mouvement de vie.

Tableau du gisant de Catherine de Médicis

Tableau du gisant de Catherine de Médicis

Ces personnages sont des corps, dans le sens où ils n’ont pas de tête, c’est juste le corps qui danse qui ne réfléchit pas et qui bouge. C’est aussi ce qui me fascine.

Est-ce un choix délibéré ou les contingences qui vous ont imposé le gisant de Catherine de Médicis ?

J’ai fait en fonction du lieu que j’avais vu auparavant. On observe une grosse colonne verticale, tandis que le gisant est habituellement horizontal. Je l’ai renversé comme j’aime beaucoup le faire dans mon travail.

J’ai sans doute été inspirée par la littérature de Rabelais avec le Carnaval, les têtes en bas, les renversements, et le bouleversement de l’ordre des choses.

J’ai aussi une grande admiration pour les sculpteurs, parce que je suis quelqu’un qui voit en 2D ; ici, en peignant ainsi cette pierre, j’avais presque envie d’être sculptrice !

Comment entrevoyez-vous l’avenir dans cette période de Covid ?

En tant qu’artiste, je ne suis pas répertoriée « Arts et spectacles vivants », je peux continuer à travailler dans un atelier. Néanmoins, je pâtis de la fermeture des musées, des salles d’exposition, j’espère que cette situation liée au virus prendra fin. Et vite !

SD

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