Malika Bongo: Jugez-moi par mon action, pas mon nom

Malika Bongo Ondimba est la fille aînée du Président gabonais Ali Bongo Ondimba. Malgré ses vêtements simples, elle est rayonnante de beauté. À l’occasion de cet entretien en exclusivité pour Femme africaine, elle aborde divers sujets : sa passion pour ses filles jumelles, son combat pour rendre plus autonomes les femmes désavantagées dans son pays grâce à son association Défis de Femmes, sa volonté de donner de l’ambition à de jeunes femmes en assurant la promotion de Miss Gabon, qui est bien plus qu’un concours de beauté. L’une des filles de président africains les plus secrètes, elle se livre aujourd’hui sans réserve et raconte comment, de jeune fille souvent plongée dans les livres, elle est devenue une activiste sociale luttant pour les droits des femmes. Découvrez la vraie Malika Bongo Ondimba.

Propos recueillis par Regina Jane Jere


 

Malika

Photographie : Karl Lake – www.setphotography.co.uk Stylisme : Crystal Deroche – www.crystalderoche.com Coiffure : Angela Plummer – www.angelaplumer.com Maquillage : Valerie Saint Amand using Black Up Cosmetics

 

NAW : Merci de nous avoir accordé cet entretien. Comment vont les jumelles et comment vivez-vous la maternité ?
Malika : Elles vont bien, je vous remercie. Chaque jour, je me sens privilégiée de les avoir près de moi. C’est un sentiment que j’ai du mal à expliquer. C’est un grand défi d’élever des jumeaux et cela me plaît. On a deux fois plus de plaisir. Mon plus grand souhait est de pouvoir leur donner le meilleur de moi-même.

Comment se comportent-elles ? Devez-vous les surveiller sans cesse?
L’une est très ouverte, l’autre plus décontractée et très soigneuse. L’une sème le désordre et l’autre range derrière elle. Mes filles ne m’apportent pas seulement de la joie, elles sont le sens de ma vie.

Vous vous souciez beaucoup du sort des jeunes femmes et des jeunes mères, en particulier celles qui ont des difficultés liées à des naissances multiples. Pouvez-nous nous parler de votre passion ? Pourquoi avoir choisi cette cause?
Enceinte de mes jumelles, j’ai eu de nombreux problèmes et j’ai eu besoin d’une assistance médicale spécifique. Après la naissance, je me suis rendu compte à quel point j’avais de la chance d’avoir accès à des soins médicaux. Une naissance multiple coûte cher. Cela m’a fait réfléchir à la situation des autres femmes gabonaises qui ne disposent pas de ces soins. J’ai senti la nécessité de les aider, un tant soit peu. C’est à partir de là que j’ai lancé mon projet Défis de Femmes. Nous avons débuté à Libreville, puis nous avons reçu de nombreuses lettres de jeunes mères de régions rurales nous demandant de l’aide. En plus de donner chaque jour des produits de base comme des couches et du lait – ce qui nous coûte très cher -, nous avons décidé d’éduquer les femmes sur le contrôle des naissances.

Nous leur expliquons que l’on peut éviter d’être enceinte. Nous leur montrons des méthodes de contraception adaptées et nous insistons sur le fait qu’il ne faut pas avoir d’enfant si l’on ne peut pas se le permettre.

Les gens sont surpris de voir que je suis une personne très simple, réaliste, souvent en survêtement.

D’où vous vient cette passion?
J’adore les bébés. Ils m’apportent beaucoup de joie et des femmes ont vraiment besoin d’aide.

Le taux de mortalité maternelle est-il élevée au Gabon?
Au Gabon, beaucoup de femmes meurent pendant ou après l’accouchement. On compte 53 décès pour 1000 accouchements et ce problème ne se limite pas aux zones rurales.

Comment les gens ont-il réagi face à votre engagement ? Recevez-vous beaucoup de soutien ?
Au début, beaucoup de gens ont cru que c’était de la publicité. Un jour, sur un marché local, une femme a dit qu’elle me ferait confiance le jour où j’irais dans son quartier. Une semaine plus tard, je m’y rendais. Défis de Femmes reçoit beaucoup de soutien de gens ordinaires. Chaque semaine, nous recevons des lettres de personnes qui nous encouragent et qui nous demandent de l’aide. Cela nous stimule et nous donne de l’énergie. Mais nous nous efforçons de ne pas rendre les gens dépendants. Nous disons aux femmes que nous voulons les aider à s’aider elles-mêmes. Nous avons voulu nous associer au ministère de l’Éducation pour défendre les filles enceintes à l’école. Leur vie doit pouvoir continuer. Nous avons suggéré que ces filles puissent poursuivre leur éducation à condition d’avoir de bons résultats. Défis de Femmes se proposait de prendre en charge leurs frais médicaux et les frais de crèche. C’était un projet controversé ; nous avons été accusés d’encourager la promiscuité. Pourtant, des jeunes filles vont jeter leur bébé à la poubelle. C’est un cercle vicieux pour ces filles.

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Que dites-vous à ceux qui critiquent votre travail humanitaire?
Je ne prête pas attention aux critiques non fondées.

À quelles critiques êtes-vous confrontée?
Défis de Femmes a été surnommé «Girls’ Challenge”, une allusion à «Girl Power» des Spice Girls. Parfois, mon physique joue contre moi. On dit que je devrais me contenter de faire des concours de beauté. Certains ne prennent pas au sérieux mon travail caritatif et j’ai des difficultés à les convaincre. Ce travail est un défi. Quand ma grand-mère m’a encouragée à relancer Miss Gabon, j’ai refusé au départ. Je voulais être diplomate et travailler dans des organisations comme l’Union africaine à Addis Abeba, mais aujourd’hui, j’ai décidé de relever ce défi et cela n’est pas simple.

Est-ce difficile d’être la fille du Président?
Cela gêne-t-il votre travail humanitaire ? Être la fille du Président ne constitue pas un obstacle. Défis de Femmes n’a rien à voir avec la fille du Président : c’est Malika et son équipe qui travaillent sur le terrain et sont proches des femmes dans le besoin. Je souhaite que l’on me juge sur mes actes, pas sur mon nom, dont je suis fière d’ailleurs.

Votre père, Ali Bongo Ondimba, doit, sans aucun doute, soutenir votre action caritative car c’est aussi un défenseur des droits des femmes et de leur indépendance. Comment réagissez-vous face aux critiques qui pensent que vous bénéficiez de son aide financière?
Mon père me soutient et cela est important pour moi. Mais il n’est pas impliqué dans les projets de Défis de Femmes. J’ai lancé cette initiative sans même qu’il le sache. La première fois dont il en a entendu parler, c’était aux informations quand j’avais reçu un prix de l’Université d’Ottawa pour mon travail. Défis de Femmes n’a rien à voir avec la politique ; c’est une association caritative. Mon père n’a pas toujours été Président du pays. C’est mon père et, comme la plupart des pères, il est et a toujours été très exigeant avec ses enfants. Screen Shot 2017-03-05 at 16.39.21Il tenait à ce que l’on travaille bien à l’école. Il nous a inculqué des valeurs, notamment la valeur du travail et de l’effort. Les gens peuvent penser qu’ils me financent mais ce n’est pas du tout le cas. Il est en réalité assez dur avec moi sur ce sujet. Il tient à ce que je trouve moi-même mes sources de financement.

Est-ce difficile d’être Malika Bongo?
Il est difficile, en règle générale, d’être sous les projecteurs, d’être constamment critiquée et jugée. Les gens ont des attentes très élevées et il faut être à la hauteur. Il est difficile d’être jugée sur son apparence physique. À cause de mon physique et de mon nom, je dois faire trois fois plus d’efforts pour être reconnue. Les gens sont surpris de voir que je suis une personne très simple, réaliste, souvent en survêtement. Parfois, on me dit que je dois mieux m’habiller. J’adore m’asseoir par terre et marcher pieds nus. J’aime être moi-même et m’occuper des bébés.

En tant que fille du Président, quelle était votre première ambition?
J’ai toujours aimé aider les personnes dans le besoin et cela n’a rien à voir avec le fait que je sois la fille du Président.

Comment avez-vous grandi au sein de la famille présidentielle?
Mon grand-père et mon père faisaient de la politique. Cela influe sur la perception que les gens ont de moi. Mais j’ai reçu une éducation très stricte et je ne me suis jamais considérée comme différente des autres. Je me considère comme une citoyenne normale avec ses droits et ses devoirs.

Laisseriez-vous vos enfants suivre vos traces?
C’est toujours un privilège pour un parent de voir ses enfants suivre ses traces. Mais, mes enfants seront libres de faire leurs propres choix. J’estime qu’il est important qu’ils poursuivent leurs ambitions.

Quelle est votre place dans la politique gabonaise ? La Présidente libérienne Johnson Sirleaf affirme que l’Afrique a besoin de davantage de femmes courageuses, qui jouent un rôle social et politique. Êtes-vous une femme africaine courageuse?
Oui, je le suis, comme d’autres. L’Afrique a besoin de plus de femmes courageuses, c’est vrai. Mais ces femmes doivent pouvoir faire entendre leur voix. Récemment, j’ai été élue adjointe au maire d’Akanda, une ville du Gabon.

C’est un nouveau défi pour moi. Je crois dans l’impact positif des femmes en politique. Nous, les femmes, devons nous battre pour mettre fin aux inégalités. La politique est l’un des meilleurs moyens d’y parvenir.

Pensez-vous que votre élection en tant qu’adjointe au maire d’Akanda va vous mener plus loin ? Comment votre père a-t-il réagi à cette nouvelle?
Chaque chose en son temps. Je ne m’attendais pas à remporter cette élection. Je me suis présentée pour parler de l’importance de créer des espaces de jeu extérieurs pour les jeunes, un autre sujet qui me tient à cœur. Mais j’ai gagné !

Mon père était, bien entendu, très heureux pour moi, mais nous ne sommes pas forcément sur la même longueur d’onde en matière de politique. À présent, je dois encadrer la création de ces parcs et l’organisation d’activités pour la jeunesse.

Envisageriez-vous d’occuper un poste ministériel dans le gouvernement de votre père?
Aujourd’hui, je ne pense pas que cela m’intéresserait. J’estime que je suis plus utile en étant hors du gouvernement. Je préfère rechercher des fonds pour rendre les femmes plus autonomes par le biais de ma fondation. Quand vous travaillez pour l’État, vous avez les mains liées et il serait difficile de financer ma fondation. Il faut respecter, entre autres, les protocoles, les budgets. On ne peut pas travailler rapidement et librement.

Parlez-nous de votre enfance… Je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort mais, quand on grandit dans une famille présidentielle, on devient vite adulte. Chaque événement de la vie est un grand événement mondain : un anniversaire, un mariage… On est toujours sous les projecteurs. J’étais une enfant timide et ronde. J’étais un «vilain petit canard». Quand les gens me demandent de leur montrer mes photos d’enfance, je leur demande pitié (rires). J’ai toujours été passionnée de lecture. J’avais déjà treize ans quand j’ai eu un frère.

Je crois dans l’ impact positif des femmes en politique et nous devons nous battre pour mettre fin aux inégalités

Quand vous vous réveillez le matin, qu’est-ce qui vous stimule, en dehors de vos enfants et de votre famille?
Les gens que je rencontre sur le terrain. Chaque jour, je rencontre des femmes extraordinaires qui font beaucoup avec très peu de moyens.

Qu’aimez-vous faire pendant votre temps libre?
Je fais de l’exercice, du jogging. J’essaie d’avoir une vie sociale. J’adore Candy Crush ; je suis bloquée au niveau 72. Sur Facebook, j’aime FarmVille (rires). J’étais passionnée. Mais, maintenant, j’aime mettre mes vêtements de sport et faire une marche sur un pas rapide dans mon quartier. Cela me permet de décompresser.

 

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New African Woman, Édition Française. Le Magazine De La Femme Africaine

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