[Histoire] Le cheveu crépu est toujours victime de préjugés

Pourquoi, encore aujourd’hui, le cheveu crépu fait-il l’objet de préjugés, de moqueries, de stigmatisation, y compris même, parfois, au sein des communautés noires ? Un processus historique.

Par Cindy Ahodehou

Peut-on dire que le cheveu crépu est discriminé ? Ou le regard qu’on porte sur lui provient d’un mal-être plus profond et d’un traumatisme vécu par la communauté africaine ?

Une histoire particulière

Le cheveu crépu représente un trait d’identité de la communauté noire. Par ses différentes manières de les coiffer, il constituait, en Afrique, l’élément physique qui permettait de déterminer le groupe ethnique, le statut social, le rang, le statut marital, l’âge, la richesse ou encore la religion.

Le cheveu « Afro » est jugé comme non professionnel parce qu’il incarne encore une forme de rébellion politique. Les femmes noires hésitent encore à aller en entretien d’embauche coiffé d’un Afro. 

En 1674, les Européens ont commencé à kidnapper et vendre les hommes et les femmes noires au large des côtes africaines. Ce fut une longue période traumatisante pour le peuple africain qui a été dépossédé de toute humanité en étant esclave des Blancs.

Cependant, une chose persistait, la beauté des coiffures portées par les femmes noires. Les Occidentaux admiraient la complexité des coiffures africaines mais ils devaient trouver le moyen de faire disparaître toute forme d’identité pour garder le contrôle des esclaves.

Viola Davis

Viola Davis

Pour ce faire, les esclaves étaient rasés, la pratique de leurs langues maternelles était interdite, de même que les danses et soins de beautés traditionnels. Toutes les choses qui leur permettaient de se définir comme communauté à part entière leur étaient enlevées. Cela a eu pour effet de faire disparaître les coutumes et traditions.

Dans le même temps, les Occidentaux ont imposé leurs normes de beauté, la peau claire et les cheveux lisses. Les traits africains et les cheveux crépus sont considérés comme dévalorisants.

Retour aux sources

En 1700, les femmes noires libres arboraient des coiffures traditionnelles africaines. Ce qui avait pour effet d’attirer l’attention des hommes blancs, ainsi que la jalousie des femmes !

C’est alors qu’en 1789, en Louisiane aux États-Unis, les « lois Tignon » sont adoptées. Elles imposent aux femmes noires de se couvrir les cheveux en public. Qu’à cela ne tienne, elles recouvrent alors leurs cheveux de tissus, souvent de couleurs vives, et créent des coiffes originales qui leur donnaient encore plus d’allure.

Le tournant de l’après-esclavage

En 1845, C.J Walkers, une Afro américaine, développe, aux États-Unis, la première gamme de produits pour cheveux afro et popularise la coiffure « Tresse and Curl ».

En 1865, l’esclavage se termine mais laisse de grosses blessures psychologiques et émotionnelles. Les cheveux les plus fins et les plus bouclés, bref ceux qui se rapprochaient le plus des cheveux européens, étaient considérés comme les plus beaux. Ils étaient requis pour trouver du travail, intégrer les grandes écoles ou faire partie des groupes sociaux les plus élevés.

En 1920, Marcus Garvey, un nationaliste noir, appelle la communauté à aimer ses cheveux et à reprendre son héritage africain, par sa formule « Remove the kinks from your mind not your hair » ce qui signifie : « Retire les nœuds de tes cheveux, pas de ton esprit. »

La fierté de « l’Afro »

En 1950, John Elis Johnson lance le premier défrisage, produit chimique utilisé pour lisser les cheveux crépus. Vient la mode des cheveux lisses mais aussi d’une guerre psychologique qui vise à faire croire aux femmes noires que si elles n’adoptent pas les cheveux lisses, elles ne réussiront pas leur vie, tant personnelle que professionnelle.

Angela Yvonne Davis

Angela Yvonne Davis

Dans les années 1960, Angela Davis, célèbre militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis devient l’icône du pouvoir noir en arborant son large afro. « L’Afro » devient symbole du pouvoir et de la fierté noire.

Il est considéré comme un geste politique et militant et est associé au mouvement Black Panther. Les cheveux crépus et la peau noire sont davantage reconnus, et le slogan « Black is beautiful » prend de l’ampleur.

Dans les années 2000, les coiffures traditionnelles africaines reviennent, elles sont davantage acceptées mais la majorité des femmes noires préfèrent encore défriser les cheveux pour les maintenir lisses.

Ce n’est qu’en 2009 que certaines d’entre elles lancent le mouvement Nappy,  qui vise à être naturelle et heureuse ; les femmes sont invitées à être fières de leur héritage capillaire et à adopter des coupes Afro.

Le mouvement Nappy a pris de l’ampleur à travers le monde et les coupes Afro font partie du décor. Les réseaux sociaux sont inondés de jeunes femmes noires arborant leurs cheveux naturels de différentes manières et de différents styles.

Mais…

Parce qu’il y a un « mais », le cheveu crépu continue de subir jugement, moqueries et d’être discriminé. Il est jugé comme non professionnel parce qu’il incarne encore une forme de rébellion politique. Les femmes noires hésitent à aller en entretien d’embauche coiffé d’un Afro. Le cheveu crépu est aussi souvent moqué. Des réflexions comme « Tu as mis les doigts dans la prise électrique ce matin », sont le lot quotidien des femmes et hommes noirs ayant les cheveux naturels.

En raison du lavage de cerveau intervenu durant l’esclavage, beaucoup de Noirs, eux-mêmes, ont développé l’idée que la peau noire et les cheveux crépus étaient moins attirants et que les cheveux lisses et la peau claire étaient synonymes de réussite. Ce fléau continue de toucher la communauté noire de nos jours.

ENCADRE

Le cheveu crépu peu connu intrigue et a été source de diverses polémiques, ces dernières années. Qualifié par certains de coiffure « non professionnelle » quand il est laissé au naturel, ou encore appelé « crinière » par d’autres.

Solange Knowles

Solange Knowles

De nombreux mouvements voient le jour, notamment « Don’t touch my hair » (lire https://magazinedelafrique.com/femme-africaine/femme-dinfluence/dont-touch-my-hair-je-vous-le-demande, suscité par la chanteuse afro américaine Solange Knowles, en 2017, pour le défendre et lui redonner sa place.

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New African Woman Édition française

New African Woman, Édition Française.

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